“Le Père cherche des adorateurs”
Le but de la vie ascétique
La contemplation est empêchée par nos passions et notre amour propre. « L’acte de contemplation qui fait l’essence de la vie contemplative se heurte à un double obstacle : à la violence des passions, qui détournent l’intention de l’âme de l’intelligible vers le sensible, et aux agitations extérieures. » Notre âme est divisée, perturbée, troublée ; c’est pourquoi nous ne pouvons pas prier, ou très mal. Si le but ultime de la vie pratique ou ascétique est la contemplation de Dieu, sa fin propre est la pacification de l’âme, disposition nécessaire à la contemplation et à la prière. Cette ‘Paix’ est la devise des bénédictins.
La Paix est ainsi décrite par S. Augustin : « Ainsi la paix du corps réside dans le juste tempérament de ses parties, et celle de l’âme sensible dans le juste repos de ses appétits. La paix de l’âme raisonnable, c’est en elle le juste accord de la connaissance et de l’action ; et celle du corps et de l’âme, c’est la vie bien ordonnée et la santé de l’être vivant. La paix entre l’homme mortel et Dieu est une obéissance réglée par la foi et soumise à la loi éternelle ; celle des hommes entre eux, une concorde raisonnable. La paix d’une maison, c’est la juste correspondance entre ceux qui y commandent et ceux qui y obéissent. La paix d’une cité, c’est la même correspondance entre ses membres. La paix de la Cité céleste consiste dans l’union très réglée et très parfaite entre ceux qui jouissent de Dieu, et les uns des autres en Dieu ; et celle de toutes choses, c’est un ordre tranquille. L’ordre est ce qui assigne aux choses la place qui leur convient d’après leurs ressemblances et leurs différences. » La paix de l’âme est la tranquilité de l’ordre de nos appétits et de nos facultés.
Cette paix de l’âme est aussi appelée par les Pères ‘impassibilité’. Ce mot ne signifie pas l’absence de passions mais leur gouvernement par la raison et l’absence de trouble dans l’âme. Cela ne signifie pas l’absence de tentation et de combat ; au contraire ! « L’impassibilité ne consiste pas à n’être pas attaqués par les démons, car alors nous devrions, comme le dit l’Apôtre, nous en aller de ce monde, mais à rester inexpugnables quand ils nous attaquent. » « C’est une preuve d’impassibilité, que l’âme ait commencé à voir sa propre lumière, qu’elle demeure calme devant les visions du sommeil, et qu’elle regarde les objets avec sérénité. » « Bienheureuse l’âme qui, au temps de la prière, a obtenu une parfaite insensibilité. »
Cette paix est aussi l’unité intérieure. L’âme est simplifiée et unifiée par l’ordre intérieur et la mortification. « J’ai compris aussi qu’il faut beaucoup de mortification pour avoir de l’empire sur soi-même et que cette emprise serait encore très utile à l’esprit d’oraison. Oh! que je vois un vaste chemin à parcourir pour quiconque veut la perfection, mais cela ne doit pas nous décourager. Le découragement serait encore une certaine précipitation de l’âme et un grand embarras. Tâchons d’unifier beaucoup notre vie intérieure, de la rendre large, paisible, constante, tranquille, ordonnée. Appliquons-nous à bien faire au moment présent la chose qui nous occupe, comme si nous n’avions qu’elle au monde, et puis pas d’inquiétudes exagérées, toujours un nouveau désir, mais pas inquiet et troublé, un désir profond et limpide de mieux faire. Que cette manière de faire est raisonnable et rend la marche de la sainteté plus facile en même temps que plus certaine! Souvent dans le chemin de la vertu, on fait comme ce voyageur qui, ayant un grand chemin à parcourir, a avec lui une multitude de paquets qui le fatigueront vite, tandis qu’allégé de tous les fardeaux, il aurait été plus vite sans fatigue ni découragement. Que de pauvres âmes qui s’écrasent ainsi! Dans la vie spirituelle on se crée des montagnes de difficultés et c’est si simple d’aller à son Jésus. Dans l’oraison, j’ai bien vu clairement ce défaut si fréquent et je me suis dit : chaque fois que je le pourrai, je tâcherai de débarrasser les âmes qui me parleront. Un autre obstacle pour les âmes, c’est qu’elles ne prennent pas assez le fond de la vie spirituelle. On s’arrête à de petites pratiques, mais on ne saisit pas, on ne se pénètre pas assez de l’esprit de l’Evangile. Jésus me montrait qu’à l’heure présente, les âmes n’étaient pas viriles et fortes, que la Croix n’était pas aimée, que la piété était la plupart du temps une piété de fantaisie. Chez les âmes un peu plus sérieuses, il n’y a pas assez de fond pratique, et cela faute d’oraison. On néglige tout le sérieux, les âmes sont superficielles comme l’esprit du siècle. »
Cette paix peut donc aussi être appelée pureté du cœur. « Que faut-il pour que l’âme soit vierge? Etre séparée de tout ce qui est personnel et humain ; de toute propriété, de tout attachement, de toute jouissance, de tout plaisir égoïste et même de toute douleur: ne pas s’attarder au calice d’amertume, de la douleur, mais y retrouver Dieu. » « De même qu’un miroir reste sans être taché par les images qui y sont regardées, de même l’âme impassible reste sans être tachée par les choses qui sont sur la terre. » Cette pureté permet à l’âme de prier sans distraction. « S’il te survient quelque provocation ou contradiction et que tu sois irrité et sentes ta colère se porter à rendre la pareille ou à maugréer, souviens-toi de la prière et du jugement qui t’y attend, et aussitôt le mouvement désordonné s’apaisera en toi. » « L’âme a toute sa force quand elle n’imagine aucune des choses de ce monde au moment de la prière. »
Le but de la vie ascétique n’est donc pas la mort du corps ou la destruction de la nature, que le Bon Dieu nous a donnés, mais la domination de la raison sur les parties irrationnelles, de sorte que le corps devienne un instrument de l’exercice des vertus et de la connaissance du créateur à partir des créatures. Ce n’est pas le corps comme tel qui constitue un obstacle à la contemplation , mais le corps en tant qu’il est dominé par les convoitises. Être vertueux ce n’est pas être contre-nature ; être vertueux est conforme à la nature ; en dépit du péché, l’homme demeure radicalement bon et apte à faire le bien.
Si elle vise l’unité intérieure la vie ascétique ne consiste donc pas en une multitude de prescriptions et de résolutions. On vise un but simple. Il ne faut pas s’encombrer ou écraser les âmes avec une multitude de résolutions et d’efforts volontaristes.
« J’ai demandé à Sainte Thérèse son esprit et surtout son cœur, puis d’être préservée des petitesses féminines, d’être virile, grande, magnanime… Elle m’exaucera, elle qui voulait avoir un cœur d’homme.
Jésus me dépeint la vraie perfection; c’est simple et profond à la fois, c’est un, c’est fort, c’est généreux; il faut l’oubli de la nature, mais tout cela sans bruit, sans ostentation et toujours avec ce cachet de simplicité qui me ravit… Jésus me montrait que les pauvres âmes s’embarrassaient elles-mêmes; et pourtant le chemin qui va à lui est droit et uni, si direct ! Il me montrait que les âmes saintes, pieuses, ayant de vrais désirs de perfection, se débattaient trop souvent avec des obstacles imaginaires, qu’elles se créaient des peines, des tourments spirituels, qu’elles s’imaginaient beaucoup, et que c’était très désavantageux à l’union qui doit être comme le point de mire de l’âme.
L’union complète avec Dieu, c’est le plus haut point de la terre, comme ce sera au ciel le plus haut degré de notre félicité éternelle… Mais, ces jours-ci, Il me révèle très à fond toutes les difficultés que les âmes y apportent… comme elles se trompent, comme elles s’embarrassent, comme elles s’illusionnent. Lui, au contraire, nous tend les bras; voilà toujours son attitude. Que c’est beau! Mais, lors même que nous ne nous détournons pas, lors même que nous souhaitons cet embrassement divin de notre âme avec Dieu, nous nous imaginons mille difficultés; notre pauvre imagination en crée, le démon suscite des pierres sur le chemin, nous tombons et nous pleurons à terre au lieu de nous relever pour courir au plus vite dans les bras de Jésus, l’Epoux le plus beau, le plus fidèle, le plus aimant, qui nous attend, qui nous invite, qui nous presse d’arriver… Il me disait me montrer ces choses pour que, plus tard, je puisse l’aider à élargir les âmes, à les débarrasser, à leur montrer comme elle est simple, la voie de la perfection et de l’amour.
Il me montrait aussi comment on devrait envisager les tentations, qu’elles ne devraient pas nous effrayer, qu’il fallait les mépriser et continuer avec la même tranquillité. Il demande beaucoup de paix. Il ne veut pas que l’on se trouble jamais; Il me dit qu’Il aime mieux une âme qui tombe et qui se relève avec confiance et plus de courage et de calme en lui, qu’une âme qui s’entoure de troubles et d’anxiétés. Il me montre qu’Il aime tendrement les âmes qui sont confiantes. Il aime qu’on ait un seul but: le servir de tout son cœur, puis ensuite prendre les moyens à notre portée, et faire servir toute notre vie à ce but, quelle qu’elle soit – alors, n’importe quelle condition, n’importe quelle marche de la Providence, servent à une telle âme… C’est bien beau! Il y a des âmes qui, si elles sont dérangées de leurs habitudes, si elles n’ont pas tous leurs exercices de piété, etc…, croient tout perdu. Il n’aime pas cela. Il veut que le cœur l’aime; et alors tous les actes sont des prières, des actes d’amour. Il aime que l’on nage librement dans cette mer du saint amour… Il ne veut pas qu’on se rétrécisse; tous les moyens sont bons quand ils sont justes, légitimes, suivant les conditions. Il respecte les physionomies multiples des âmes, et aime cette variété, pourvu que toutes aient gravé, dans leurs actions, l’amour de Dieu… C’est tout dire. Il parle de même de toutes les vertus; Il voudrait que les âmes soient simples avec lui; souvent elles se plaignent de sécheresses, de délaissement, d’aridité, et ce sont elles qui lui lient les mains! J’ai compris combien cette simplicité était bien la vraie humilité. Puis le démon est impuissant avec de telles âmes, et cette manière d’agir est grande comme Dieu, de qui elle émane. On peut connaître la lassitude spirituelle, le dégoût, la sécheresse, mais l’âme qui procède ainsi n’en est pas gênée.
Jésus me parle surtout des âmes, en quantité considérable, qui sont comme les malades imaginaires; elles augmentent leur mal, ou bien même elles en voient là où il n’y en a pas, et c’est très fréquent chez les personnes adonnées à une certaine spiritualité, mais aussi très, très préjudiciable à la sainteté. »
Il n’est pas besoin d’une longue expérience de l’existence humaine et de la vie spirituelle pour savoir que nous sommes prisonniers d’un monde presque illimité de désordres: péchés, déséquilibres affectifs, blessures non cicatrisées, habitudes malsaines, etc. Tout cela constitue les impuretés de notre cœur qui s’opposent à la prière. Tous ces désordres aboutissent à des émotions déréglées : elles s’expriment presque à notre insu ; elles nous commandent ; elles nous déchirent ; elles nous ferment à Dieu ; elles nous lient à une sorte d’automatisme du mal. Et tout cela vient de notre cœur ! «Ce qui sort de la bouche procède du cœur et c’est cela qui souille l’homme. Du cœur, en effet, procèdent mauvais desseins, meurtres… Voilà les choses qui souillent l’homme» (Mt 15.18-20). Si je veux écarter la souillure de mon être, je dois d’abord purifier mon cœur. Mais comment faire ?
La purification du cœur, œuvre du Christ
La purification du cœur consiste tout d’abord à ne pas compter sur soi-même, à ne pas se fier à des techniques humaines, mais à se tourner vers le Christ. Relisons, à ce propos, les invitations de Saint Bruno à son ami Raoul : Que faire alors, ô très aimé ? Que faire sinon croire aux conseils divins, croire à la Vérité qui ne sait tromper ? Elle donne, en effet, cet avis à tout le monde : “Venez à moi, vous tous qui peinez et ployez sous le fardeau et moi je vous soulagerai”. N’est-ce pas une peine affreuse et inutile d’être tourmenté par ses désirs, de sans cesse se meurtrir aux soucis et aux angoisses, à la crainte et à la douleur qu’engendrent ces désirs ? Quel fardeau plus lourd que celui dont le poids abaisse l’esprit du fait de sa sublime dignité vers les bas-fonds, en pure injustice² ?. Avant tout autre chose, il faut donc se tourner vers Jésus, venir à Lui, afin d’en recevoir le soulagement. Il nous adresse cette invitation précisément après nous avoir demandé de renoncer à être sages et intelligents, pour devenir tout-petits. Entrer dans la voie du cœur, c’est reconnaître que la seule pureté vraie est un don de Jésus. Chargez-vous de mon joug et mettez-vous à mon école, car je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez soulagement pour vos âmes (Mt 11.29) La purification fondamentale se produit à partir du moment où toutes les souillures, tous les désordres dont je suis affligé viennent à la rencontre de Jésus. Ceci nous oblige à nous établir dans la vérité : la vérité de nous-mêmes, qui sommes obligés d’ouvrir les yeux sur la réalité de notre péché ; la vérité sur Jésus, qui est vraiment le Sauveur de nos âmes, non seulement d’une manière générale et lointaine, mais au niveau d’un contact immédiat et concret avec chacune des souillures dont nous sommes affligés. Il faut donc que j’apprenne à Lui offrir, Lui remettre sans retour, soit sous le jeu des circonstances, soit par un mouvement profond de mon cœur qui veut enfin retrouver sa vraie liberté. Chaque fois que je prends conscience de ces désordres à l’occasion d’un fait particulier, sur une remarque du prochain, lors d’un examen de conscience, je ne désespère pas, je ne m’irrite pas, je présente ma misère à Jésus-Christ.
Chaque fois que je constate en moi l’un de ces liens qui me paralysent, le plus important n’est pas de partir en guerre contre cette servitude, car, dans la plupart des cas, je me contenterai de couper les branches sans atteindre les racines. Le plus important est de mettre à nu ces racines, de les faire venir à la lumière, aussi laides soient-elles, aussi désagréables soient-elles à constater. Il s’agit précisément d’être lucide sur soi-même et de les assumer dans leur réalité, de pouvoir, d’un geste libre et conscient, les offrir au Sauveur. Dans de telles perspectives l’invocation des Pères : Seigneur Jésus-Christ, Fils de Dieu, ayez pitié de moi pécheur ne court aucun risque d’être une répétition vaine. Elle est la constatation indéfiniment renouvelée qu’une rencontre nouvelle va avoir lieu entre le Cœur purifiant de Jésus et mon cœur souillé. C’est une attitude du cœur qui fait peur au début. Il nous a été trop souvent appris que l’on ne pouvait offrir au Seigneur que de bonnes choses, de belles, choses. Tout ce qui n’est pas acte de vertu ne peut pas Lui être présenté. N’est-ce pas aller à contresens de la vérité de l’Évangile que de dire cela ? Jésus Lui-même affirme qu’Il n’est pas venu pour les biens portants mais pour les malades. Il faut donc, sans fausse honte, apprendre à être devant le médecin divin d’authentiques malades qui reconnaissent loyalement tout ce qui, en eux, est vraiment faux, menteur, opposé à Dieu. Lui seul peut nous guérir.
La purification du cœur, œuvre de l’homme.
D’autre part recourir à Jésus-Christ sans faire soi-même d’effort pour changer sa vie serait une contradiction et une illusion. Sous l’impulsion de l’amour du Christ, sous la puissance de sa grâce, je réforme ma vie et j’enlève de mon cœur ces désordres qui le troublent. Cette purification du cœur est aussi mon œuvre. C’est cela la ‘vie ascétique’ ou ‘vie pratique’. La vie pratique est une méthode de purification de l’âme, une discipline, une transformation de la personne. La pratique est la méthode spirituelle qui purifie la partie passionnée de l’âme. Chercher et trouver Dieu dans la garde des commandements et l’exercice des vertus pratiques, voilà la méthode spirituelle de la Pratique, cette voie étroite et resserrée sur laquelle l’homme rejoint celui qui, pour lui, est devenue voie, le Christ, Dieu-Verbe fait chair. En fin de compte, il ne s’agit donc pas, dans cette méthode, de ce qui pourrait facilement se concevoir aujourd’hui : un moyen d’auto-rédemption. Ce n’est pas sans raison qu’elle est dite ‘spirituelle’ : elle est animée par l’Esprit. La voie elle-même est une personne, le Christ, et sa fin, c’est le rétablissement de la relation personnelle entre le Créateur et la créature.
Cette vie pratique n’est pas un effort psychologique sur soi-même, sur son imaginations et ses affections. Elle ne consiste pas non plus dans une série de pénitences ou de pratiques mortifiantes. Elle ne consiste pas à jouer au fakir. Elle consiste essentiellement dans le gouvernement de sa propre vie, dans la prise en main de soi-même et la libération de l’esclavage des passions et des ‘pensées’. Autrement dit, il s’agit de gouverner les choses et de ne pas se laisser gouverner par elles, de ne pas se laisser mener et attirer par les biens de toutes sortes : argent, machines, confort, nourriture, loisirs, etc. C’est une libération des objets de nos convoitises qui nous arrachent à nous-mêmes et à Dieu. Il s’agit ensuite de gouverner ses propres actions. C’est paradoxal ; bien souvent ce sont nos actions qui nous mènent et non l’inverse : nous nous précipitons sans réfléchir, suivant notre excitation et nos habitudes. Il s’agit enfin – et c’est le plus difficile – de gouverner nos pensées. Que notre cœur ne soit plus une maison sans portes ni fenêtres où pénètrent toutes sortes de visiteurs.
Pour ce faire la première mesure d’urgence est de régler sa vie : commencer par avoir un emploi du temps, avec des heures de lever, de coucher, de repas, de travaux, de légitime détente ; placer dans cet emploi du temps la prière et la lecture, selon ses possibilités. Cette règle de vie a pour but d’ordonner la nature, de faire du corps et des facultés psychiques des instruments dociles des facultés spirituelles. Ce corps n’est ni à détruire, ni à flatter. Ce qui implique, entre autres, de veiller à sa santé, sans en être obsédé. Il faut que le moine se tienne toujours prêt, comme s’il devait mourir le lendemain, et, inversement, qu’il use de son corps comme s’il devait vivre avec lui de nombreuses années. Cela, en effet, d’un côté, retranche les pensées de l’acédie (paresse spirituelle) et rend le moine plus zélé, de l’autre garde son corps en bonne santé, et maintient toujours égale son abstinence. Qui pratiquerait une pénitence exagérée tomberait dans le péché inverse.
La mortification, instrument de la vie pratique
Cette règle de vie sera difficile à mettre en place à cause de nos mauvaises habitudes. Elle ne suffira pas à purifier le cœur. A cette règle il faudra ajouter ce qu’on appelle la mortification qui, elle aussi, devra être réglée précisément. En effet, tous ces désordres que nous essayons d’éliminer sont les effets de péché originel et de nos péchés personnels. Le péché est une affection aux créatures, une désaffection de Dieu. Il assimile l’âme aux créatures. Ces affections agitent les passions, fatiguent, aveuglent, débilitent l’âme. D’où la nécessité de la mortification pour combattre ces mauvaises tendances. Faire pénitence c’est passer de la mort à la vie, changer de vie, changer d’esprit. Il s’agit de restaurer la vraie nature de l’homme non de détruire ce qu’il en reste. Il faut bien comprendre ce que signifie ce terme de ‘mortification’. La nature humaine que Dieu nous a donnée est bonne et sainte ; la nature dont nous héritons est déficiente à cause du péché originel. C’est cette nature qu’il faut faire mourir, pas la première. Il ne s’agit pas de détruire l’œuvre divine, notre corps (la santé), notre âme (les qualités intellectuelles et affectives). On distingue donc la nature déchue, avec ses vices qui sont à détruire, et la nature bonne, qui n’est pas à détruire mais au contraire à protéger et développer. La mortification ne consiste pas à se diminuer ou à se détruire, mais à s’élever, à revenir vers la justice originelle en se purifiant. Mais dans le concret ces deux natures sont inséparables. En définitive nous n’avons qu’une seule nature, où le bien et le mal sont mêlés. Toute pénitence fait souffrir la nature, même dans ce qu’elle a de bon : le jeûne pénitentiel n’est pas le jeûne médical ou esthétique !
C’est l’aspect ‘négatif’ de la vie chrétienne : les pénitences, les renoncements, les souffrances que l’on s’impose ou que l’on accepte en se privant de nourriture, de boisson, de sommeil, de confort, des activités qui nous plaisent. Et la première mortification, nous l’avons dit, c’est de régler notre vie.
Quoi qu’il en soit la mortification n’est qu’un instrument ; elle n’est pas une fin en soi. C’est la paix que nous cherchons. Si la mortification vient à troubler l’âme et la charité c’est qu’elle est désordonnée. C’est pour (la pureté de cœur) que nous devons embrasser la solitude, souffrir les jeûnes, les veilles, le travail, la nudité, nous adonner à la lecture et à la pratique des autres vertus, n’ayant dessein, par elles, que de rendre et de garder notre cœur invulnérable à toutes les passions mauvaises, et ne monter, comme par autant de degrés, jusqu’à la perfection de la charité. Et si, prévenus par quelque honnête et indispensable occupation, nous n’avons pu remplir selon toute sa rigueur notre programme accoutumé, n’allons pas, pour l’amour de ces observances, succomber à la tristesse, à la colère ou à l’indignation, puisque c’est afin de réduire ces vices que nous aurions fait ce que nous avons été contraints d’omettre. On gagne moins par un jeûne que l’on ne perd par un mouvement de colère; et le profit que l’on retirerait de la lecture n’égale pas le dommage encouru pour le mépris d’un frère. Il convient, par conséquent, de rapporter les choses secondaires, jeûnes, veilles, retraite et méditation des Ecritures, à notre but principal, c’est-à-dire à la pureté du cœur, qui est la charité. [...] Une fidélité ponctuelle ne nous servira de rien, si nous nous laissons ravir la chose principale, en vue de quoi tout doit être accompli. [...]. Ainsi, les jeûnes et les veilles, la méditation des Ecritures, la nudité, la privation de toutes ressources ne sont pas la perfection, mais les instruments de la perfection; ils ne constituent pas la fin de ce grand art, ils ne sont que les moyens par où l’on y parvient. [...] Ce qui serait de nature à troubler la pureté et la tranquillité de notre âme doit donc être évité comme pernicieux, de quelque utilité qu’il paraisse. Cette règle nous permettra d’échapper à la dispersion d’une pensée vagabonde qui erre à l’aventure, et de parvenir, en suivant une direction ferme, à la fin que nous souhaitons.
de source internet : http://www.bellaigue.com
>> lire plus loin quelques conseils comment aborder l’oraison silencieuse de quiétude
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« Que le Seigneur te bénisse et te garde ! Que le Seigneur fasse pour toi rayonner son visage et te fasse grâce ! Que le Seigneur te découvre sa face et t’apporte la paix ! »


Il m’avise et je L’avise !
la contemplation
: “théologie mystique ou science de Dieu”
selon st Jean de la Croix
l’oraison s’ouvre alors sur une écoute de la parole que Dieu nous murmure à l’oreille ;
mais c’est toujours Lui qui prend l’initiative
daniel